Apprentis sociologues

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Puis ce fut l’entrée à l’université de Nantes, section sociologie. N’ayant pu m’inscrire en musicologie, ce qui aurait été mon véritable choix, j’avais opté pour le second de mes vœux, l’ethnologie. C’étaient des années d’inquiétude, de braise pour les uns, de givre pour les autres, des années qui se vivaient le souffle court,  sous l’énorme pesanteur des non-dits et de l’auto-censure, dans le procès permanent en réformisme et en trahison de la classe ouvrière, bref un endoctrinement dont nous ne sommes en fait jamais sortis. La « section socio » était vivante, se plaçant en première ligne de la contestation, et, hormis Marx critiquant Marx , on ne voit guère qui aurait eu voix au chapitre. Ladite section venait de perdre ses deux fers de lance, Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron. Etant donné les « engagements » du premier, on aurait pu penser qu’il ne cèderait pas aux sirènes de la renommée, qu’il ferait carrière -- le mot lui importait -- dans une faculté pauvre. Mais comment résister  à la gloire qui vient ? A quel mât s’attacher pour rester fidèle à soi-même si loin des projecteurs ?

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