Retour aux sources.

Coups de tête.

 Une habitude que je trouve des plus insupportables dans l'actuel salmigondis de ces paroles publiques qui se tricotent et se détricotent allègrement jour après jour, c'est l'oubli des origines de certaines expressions, ce qui peut amener bien des confusions sur le sens des propos -- et des choses.

  J'entends quotidiennement magnifier 'les têtes bien faites' au détriment des 'têtes bien pleines', souvent pour présenter une éducation réussie, constituant parfois un idéal ou une exception, et la distinguer d'une tendance néfaste à instruire l'enfant et l'adolescent au-delà du raisonnable.

  Si, pour une fois, on en revient à la lettre du premier discours dédié à cette opposition, on s'aperçoit que ce n'est pas l'élève dont il est question. Dans l'Essai XXVI de son livre I, Montaigne médite sur sa propre expérience pour conseiller Diane de Foix qui va bientôt être mère. Et que dit-il? -- Qu'à un enfant de l'aristocratie pour lequel il serait "abject" de se tourner vers les lettres dans un but utilitaire, et dont les parents souhaitent qu'il soit "habile plutôt que savant",  il convient de choisir un précepteur "qui eût plutôt la tête bien faite que bien pleine". Veillons enfin, ajoute-t-il, à ce qu'il ait "les moeurs et l'entendement plutôt que la science" -- la morale et l'intelligence plutôt que les connaissances.

Ce sont donc les maîtres qui, avant les élèves, doivent avoir 'la tête bien faite'. 

(19 12 2008)

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