Province, 1969

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L’université ... Je revois les bureaux austères des professeurs, les salles de cours dans leur dépouillement d’après-guerre, les enfilades de couloirs d’un blanc déjà passé. C’était l’habitude à cette époque de mentionner Barthes ou Robbe-Grillet dans la conversation plutôt que Kessel ou Cendrars. Et toujours aussi provocateur, je ne me privais pas de louanger Mistral et Pagnol, n’ayant jamais compris pourquoi la littérature régionaliste, si prisée quand il s’agit des Américains, prête à rire sur les bords du « Loire gaulois », du fier Garonne, ou du Rhône impétueux. « J’ai lu Mireille, et c’est une œuvre qui a toutes ces qualités que vous regrettez de ne pas trouver chez les auteurs français

-- Mireille ? de Frédéric Mistral ?  dit le professeur, songeur ;

-- Ou Mirèio, je l’ai lu en bilingue, et j’ai même appris certains vers par coeur ! Superbe ! »

Eh oui, ce jour-là, j’ai sans doute plus aidé la Provence qu’elle ne m’a servi. J’ai probablement reculé d’un bon cran dans l’estime des universitaires, maîtres et disciples confondus. Et pourtant …

            « Cante uno chato de Prouvènço.

            Dins lis amour de sa jouvènço,

Á travès de la Crau, vers la mar, dins li blad,

            Umble escóulan dou  grand Oumèro,

            Iéu la vole segui. »

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